Préhistoire, nouvelles frontières. Comment repenser la préhistoire ? (commentaire du Podcast RFI)

Pour te faire gagner du temps, je te présente ici les questions importantes soulevées dans ce podcast et mes commentaires.

De quoi s’agit-il ?

Dans ce podcast de 48’30 minutes proposé sur RFI, trois experts discutent de la question du terme “pré-histoire”. Ils expliquent pourquoi, selon eux, le mot même de « préhistoire » qui caractérise la période avant l’écriture, est à remettre en question et en perspective. Ce podcast nous interroge sur les nouvelles frontières de la préhistoire. Il nous fait reconsidérer notre longue histoire humaine dans son ensemble et au pluriel.

Ces experts sont :

– Jean-Michel Geneste (conservateur général du patrimoine, archéologue du paléolithique)

– Boris Valentin (professeur en archéologie préhistorique à Paris 1 Panthéon Sorbonne) 

– Philippe Grosos (professeur de philosophie, spécialiste d’art paléolithique et de préhistoire)

Label Bio écriture - article écrit par un humain

Le terme de préhistoire pose t-il vraiment problème ?

Selon Jean-Michel Genest la préhistoire est un terme “exclusif” et “clivant”. Le mot “préhistoire” rejette dans un passé mal caractérisé une altérité variée et complexes de groupes d’humains plus généreuse que ce terme qui la représente. En gros, le terme de préhistoire est un fourre-tout dont il faudrait sortir. Il serait nécessaire de réhabiliter l’histoire de ces anciens groupes humains au regard de ceux qui étaient dans l’Histoire (avec l’écriture).

Contrairement à Jean-Michel Genest, je pense que le passé est bien indéfini et mal caractérisé. Tout simplement parce que les données sont minces plus on recule dans le passé.

Que la préhistoire doivent être repensée cela ne fait aucun doute. Mais est-il nécessaire de discuter le terme de “préhistoire” comme si ce terme était restrictif ? C’est un postulat que défendent les auteurs d’un ouvrage collectif “Préhistoire: Nouvelles frontières” que je ne partage pas. Qu’on le veuille ou pas, il y a bien une période avant et après l’écriture, et il faut bien définir un avant et un après pour se situer dans le temps. Il faut juste être conscient que cette période ou limite en préhistoire et histoire reste fluctuante : il existe, en effet, l’écriture Élamite vielle de 3300 ans av. J.-C. (avant le Sumérien) mais il y aussi des preuves archéologiques d’écritures de 6000 ans av. J.-C. ce qui faire nettement reculer la “frontière” !

Le vrai débat est-il dans la terminologie ?

C’est d’abord un sujet d’ordre éducatif et pédagogique

Je pense que la discussion est passée à côté du vrai sujet. Que l’on renomme la préhistoire en « histoire très ancienne » ou « histoire des commencements » comme en Allemagne tel que le propose Boris Valentin… pourquoi pas. Mais le débat n’est pas là. Ce sont les fausses représentations et les connaissances obsolètes des manuels scolaires qui devraient faire débat. En effet, l’important c’est d’enseigner une Histoire (avec un grand “H”) objective et à jour au regard des connaissances. scientifiques.

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Le besoin est de centrer la transmission et les apprentissages sur des concepts et non pas sur des connaissances qui sont “biodégradables”, même s’il faut des connaissances. Depuis que je suis allé à l’école, la recherche en préhistoire n’a cessée d’avancer. La liste des “Hommes préhistoriques” que j’ai apprise est obsolète ainsi que la représentation de la généalogie humaine. Si on avait appris dès l’école primaire et secondaire le concept d’évolution, on aurai pu intégrer les modifications régulières de connaissances (les nouveaux fossiles humains) dans nos représentations et modifier nos conceptions de la généalogie humaine. Heureusement, j’ai pour ma part fait des études d’archéologie et j’ai appris des concepts. Ce n’est malheureusement pas le cas de la majorité des personnes ne sont pas passées par ces études . Il ne leur reste que des connaissances périmées sans concept fort.

C’est ensuite un sujet d’ordre épistémologique

Lorsque l’on ouvre les manuels scolaires on constate une chose. La plupart des ouvrages sont écrits par des enseignants du secondaire et des membres des inspections de l’Éducation nationale puis auxiliairement par des universitaires.  Belin est le seul éditeur à avoir clairement privilégié les professeurs des écoles. Alors que Magnard, Belin et Hatier travaillent avec quasiment les mêmes auteurs de 2002 à 2014, Hachette fait appel à des équipes plus variées. Plusieurs formateurs d’IUFM ont été associés à l’édition de 2011 et seule chez Hatier la contribution d’un archéologue est mentionnée mais ne dure qu’une année !

Même si la science de référence est l’archéologie, ce ne sont pas des archéologues qui écrivent les chapitres sur la préhistoire. Il important de comprendre que la préhistoire dépend d’une épistémologie de l’archéologie et pas de l’histoire. A ce titre, elle entre dans le cadre d’une didactique de la préhistoire et pas dans la champs de la didactique de l’histoire.

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La charnière entre deux périodes dépend-elle d’un changement technologique, économique, social, environnemental ou idéologique ?

Boris Valentin souligne a juste titre pour la préhistoire que la période charnière est le néolithique. Le Néolithique doit être enseigné comme une frontière chronologique car des bouleversements dans l’organisation de la société humaine s’opèrent. C’est d’abord la sédentarisation qui apparait dans les sociétés d’agro-pasteurs aux alentours de 12000-10000 av.J.-C. Elle s’accompagne de formes d’inégalités sociales très prononcées. Ce sont ensuite des pratiques agricoles et pastorales, vers 10000 – 8000 av.JC. avec des impacts sociétaux très variés. Les deux cumulés sont un bouleversement et précurseurs de l’organisation de la société contemporaine.

A partir du Néolithique, il y a un changement de vie et d’économie (Jean Guilaine) : l’Homme fabrique son alimentation contrairement aux périodes précédentes où il prélevait son alimentation dans son environnement. A partir du néolithique, l’Homme modifie radicalement son environnement en même temps que son organisation sociale change tout aussi radicalement. On pourrait donc sérieusement envisager d’enseigner le début de l’anthropocène à partir du Néolithique ou peu-être plus exactement à la fin du second âge du fer.

Le néolithique entrerait dans l’histoire du point de vue économique mais pas du point de vue technologique ou de l’écriture. En effet, c’est la technologie lithique (le silex) et l’absence d’écriture le qui caractérise le néolithique en tant que période pré-historique. C’est donc une période qui précède l’histoire. Pour compliquer les choses, la situation varie selon la partie du monde dans laquelle on se situe. En Amazonie, il existe une économie qui hybride à la fois le prélèvement par la chasse/pêche/cueillette et la production par l’horticulture. En Océanie, c’est le bambou qui s’est vraisemblablement substitué au silex. La technologie lithique qui sert en Europe de marqueur chronologique et culturel ne fonctionne pas pour cette zone géographique.

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Les critères qui permettent de délimiter des périodes chronologiques sont donc discutables ainsi que les noms de nombreuses périodes !

S’il y a urgence ce n’est pas sur la préhistoire

Avant même de discuter le terme de “préhistoire” il y a d’autres termes conventionnels beaucoup plus gênants comme la Renaissance ou pire le Moyen-âge. Ce dernier renvoi à une conception très péjorative de la période de l’histoire qui suit l’Antiquité et qui précède “l’Époque moderne”. D’ailleurs le mot de “moderne” est aussi connoté. On sait aujourd’hui que l’Époque médiévale n’est pas un âge moyen en terme de chronologie ni en terme qualitatif. Ce n’est surement pas une période obscure, au contraire.

Conclusion

Le débat autour du terme de “préhistoire” est un débat très largement annexe. Jean-Michel Genest, Boris Valentin et Philippe Grosos apportent de nombreuses réflexions très intéressantes d’un point de vue intellectuel.

Toutefois, le monde réel a besoin d’éléments concrets. Il est fondamental de mettre à jour l’enseignement de la préhistoire tout en plaçant cette préhistoire au sein d’un champ qui lui est propre et qui n’est pas celui de l’Histoire.

Dans ce podcast, les trois auteurs, universitaire et philosophes, oublient de soulever les deux sujets les plus importants :


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